Conversation avec Svetlana Arefiev, invitée d'honneur de la Biennale 2026
ARPADI a l’honneur d’accueillir cette année Svetlana Arefiev, artiste franco-russe reconnue pour son travail pictural singulier, souvent qualifié de «peinture de l’ambiguïté de la figure». Ses œuvres récentes, réalisées sur de longs rouleaux de papier, trouveront une mise en valeur exceptionnelle dans l’Esplanade du Lac de Divonne-les-Bains. Pendant la Biennale, Svetlana réalisera une performance de peinture en direct le dimanche 29 mars à 14h.
ARPADI s'est entretenu avec Svetlana dans son atelier à Caluire... Voici la retranscription de notre conversation :
Svetlana s’agenouille pour travailler le bas d’un grand papier accroché au mur. Au centre du tableau aux couleurs éclatantes trône une figure féminine étrange : un visage pâle avec les grands yeux calmes d’une poupée, des lèvres rouges surdimensionnées, un chapeau bordé de bougies allumées, une collerette vaporeuse… Au lieu d’une robe, on devine une colonne vertébrale stylisée d’où émergent des nerfs, ou peut-être des racines… C’est poétique, légèrement troublant, et haut en couleurs – bienvenue dans le monde de Svetlana Arefiev !
Après des études de beaux-arts, tu es devenue restauratrice de tableaux. Comment en es-tu arrivée à peindre tes propres tableaux ?
Peu à peu, le besoin de créer moi-même s’est imposé. Ce n’était pas un plan au départ, plutôt quelque chose de très naturel. Aujourd’hui, c’est devenu une nécessité, une façon de m’exprimer.
Tes œuvres sont mystérieuses, intimistes, pleines de visages et de formes organiques qui s’entremêlent… On dirait une ambiance de rêve… Tu planifies beaucoup à l’avance ?
Non, tout commence de manière assez intuitive, presque instinctive. J’ai parfois une image ou une sensation en tête, mais elle reste floue. Ensuite, en dessinant, les formes apparaissent peu à peu, se transforment, s’entremêlent… Ce que je planifie peut-être, ce sont les couleurs – j’adore les crayons de couleur et leurs harmonies !
Quand tu as de grands rouleaux de papier à remplir, il faut quand même avoir une idée globale de ce que tu vas faire ?
C’est un processus assez organique, justement. Les visages, les corps, les formes viennent comme dans un rêve, sans que je cherche à tout contrôler. Je me laisse guider par ce qui émerge.
Est-ce que tu traverses parfois des phases de doute ?
Oui, mais je pense qu’elles font partie intégrante du processus artistique ! Dans ces phases-là, Irina me rassure et me rappelle que c’est normal, qu’il faut accepter et continuer à avancer ! (NDLR : Irina est médiatrice culturelle et une amie de Svetlana).
Les grands rouleaux de papier sont devenus un peu ta marque de fabrique, et tu vas en présenter à la Biennale. Comment as-tu commencé à travailler de cette façon ?
Assez intuitivement, avec l’envie de ne pas être limitée par un format. Le rouleau me donne une forme de liberté : j’aime raconter des histoires sans fin, qui se déploient librement, sans contrainte. Les grands rouleaux de papier sont devenus un support idéal pour ça : ils me permettent de prolonger le geste, de laisser les images apparaître et s’enchaîner presque comme un récit continu, sans véritable début ni fin.
Cela dit, je travaille aussi sur des formats plus petits. C’est une autre manière de m’exprimer, plus intime peut-être, plus concentrée. J’aime passer de l’un à l’autre : ce n’est pas seulement pour varier, mais parce que chaque format m’amène ailleurs, dans une attention et un rythme différents.
Qu’est-ce que tu souhaites que les gens retiennent de ton œuvre ?
Je veux juste partager du bonheur, en fait. J’aimerais que les gens soient en harmonie avec eux-mêmes.
Est-ce que tu penses à ce public quand tu travailles ?
Ah non, quand je travaille je ne pense pas aux autres ! (Elle rit) Mais après si les gens viennent et regardent, j’espère qu’ils en gardent un bon souvenir, et que quelque chose s’ouvre en eux. Une petite étincelle qui provoque quelque chose.
Peux-tu me parler de tes sources d’inspiration ?
Écoute, je pourrais te parler de l’inspiration qui vient quand je fais de longues promenades dans la nature… Mais la réalité c’est que je ne sais pas d’où ça vient ! Je fais, c’est tout. « Je n’attends pas l’inspiration », comme disait Picasso. Je viens à l’atelier à 14h tous les jours, je prends un thé et mes crayons, et je commence à travailler. Et là, ça vient.
Pourquoi tellement de visages, et surtout des visages de femmes ?
On me le demande parfois. Et d’ailleurs, ce sont souvent les questions du public qui me font me questionner moi-même ! Pour les visages de femmes par exemple – je ne sais pas, peut-être parce que je suis une femme tout simplement. C’est plus facile de les représenter et ainsi de transmettre mon univers. Il y a beaucoup de poupées aussi – c’est comme ça, parce que je suis une femme.
Tu peins beaucoup de poupées, par exemple « Mathilde » qui apparaît dans plusieurs de tes tableaux. Qui est-elle et pourquoi aimes-tu peindre des poupées ?
Mathilde est une vraie poupée qui fait partie de ma collection ! Elle m’inspire beaucoup, et elle apparaît naturellement dans plusieurs de mes tableaux. Les poupées, en général, occupent une place importante dans mon travail. Elles portent quelque chose d’ambigu : à la fois familier et un peu troublant, entre l’enfance et une forme d’étrangeté. J’aime cette tension ! Elles deviennent presque des personnages, avec leur propre histoire, leur propre silence.
Comment réagissent les gens à ces tableaux ?
C’est très varié ! Certaines personnes ressentent une forme de douceur ou de nostalgie, tandis que d’autres sont un peu dérangées !
Les regards de tes portraits aident vraiment à plonger dans le tableau.
C’est vrai qu’on communique d’abord avec le regard – les paroles sont venues après.
Que t’inspire le thème de la Biennale « Cartographies intimes » ?
« Cartographies intimes » m’évoque une exploration intérieure, comme une manière de dessiner ses propres paysages émotionnels. C’est assez proche de mon travail, où je cherche justement à faire apparaître des formes et des visages qui viennent de quelque chose de très intime, presque inconscient.
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